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CHRONIQUE D’UN CRIME CULTUREL DU RENOUVEAU NATIONAL LE SOI-DISANT C.E.S. DE LITIEU : UN PITTORESQUE COLLEGE Un morceau de littérature réaliste par le Camarade Mokolo L’ensemble offrait un spectacle pitoyable. Accroché au flanc de la colline comme un naufragé à un récif, il rompait la beauté des courbures harmonieuses des montagnes de la falaise de Foreké. Ratatiné comme un vieux paysan miné par le temps, il s’étonnait d’être encore là après les premières pluies et toutes celles qui avaient suivi pendant la saison et s’inquiétait déjà des vents de la saison sèche et des averses de la saison des pluies prochaines. Le bâtiment, d’un seul bloc grotesque, était fait des briques de terre. Il y avait cinq salles de classe. La première avec quelques pierres éparpillées partout, ressemblait à une case où on garde les crânes. Des rats y avaient creusé leurs terriers. Une bonne partie du toit était emportée par les vents et le sol bien mouillé était couvert d’une mousse gluante. Elle devait avoir été une classe de la section d’initiation de l’école qu’elle avait abritée. Les vestiges des tables faites de troncs d’eucalyptus enfoncés dans le sol non cimenté avaient encore leur dessus de planches grossières non rabotées. Les bancs faits des planches de même nature et reliées aux troncs par des tringles de bois étaient maintenus au sol de la même façon. La deuxième salle pouvait servir de décor à un film d’épouvante. De petits fauteuils en bambou pourri étalaient leur désolation autour des dessus de tables toujours en bambou parsemés dans la poussière au milieu des peaux et des restes d’épis de maïs. On aurait cru que dans la hâte pour échapper à un quelconque cataclysme, des hommes préhistoriques avaient abandonné les lieux. L’affaissement des murs avait bloqué la porte à mi-chemin de sa course et on y entrait plus facilement par les fenêtres dont les briques avaient roulé par terre et l’ouvraient jusqu’au niveau du sol. Le bureau du directeur était un espace d’environ un mètre et demi de large qui devait servir de passage entre deux blocs du bâtiment. On avait juste posé quelques tôles pour protéger l’hôte des lieux beaucoup plus du soleil que de la pluie car l’intérieur recevait plus de lumière par le toit que par la lucarne de la largeur d’une ardoise d’écolier pratiquée dans le mur juste en dessous la grande photo de son Excellence le président de la république. On y accédait par une porte donc le cadre était rongé par des termites et ne tenait au mur que par deux gros clous et le mortier en terre des galeries des insectes. Un cadenas qui d’un moment à l’autre pouvait céder sous son propre poids maintenait le battant à moitié vermoulu sur l’autre montant du cadre. Après le bureau du directeur, il y avait deux autres salles de classe : la sixième et la cinquième. Comme les autres, elles défiaient les lois de la mécanique newtonienne. Les murs descendaient verticalement depuis la charpente du toit jusqu’aux linteaux des fenêtres, de là ils formaient un arc de cercle jusqu’à la base des fenêtres et finissaient en biais au sol, le tout retenu seulement par le mortier en terre pétrie. Pour viabiliser ces ruines on avait muré les fenêtres jusqu’à la mi-hauteur et ouvert des portes sans cadre ni battant. Dans les salles de classe il y avait certes un tableau noir, une estrade, des tables-bancs et c’était tout. Pas d’armoire, pas de cartes murales. Seule une des deux classes avait une véritable table et une chaise pour le prof. Dans l’autre, un vieux table-banc en faisait usage. La cour était une reproduction miniature des moutonnements lointains des collines qui encerclaient l’horizon. Les pluies avaient façonné sur le sol nu des crêtes, des talwegs, des cols, des vallées. C’est dans une de ces innombrables petites vallées qu’était logé le mat du drapeau : une branche d’arbre plantée dans un petit parterre de sables bordé de galets de silex. A huit heures exactes mes petits anges de la classe de sixième drapés dans leur nouvel uniforme neuf bleu turquoise entrèrent sans s’aligner, ils ne le pouvaient pas malgré leur volonté car l’espace qui sépare le bâtiment d’un talus qui tombe à pic est aussi étroit que le boyau d’une galerie de mine et on pouvait, sans effort sauter de ce talus sur le toit en vieilles tôles qui couvre les briques comme une vieille toile de parapluie aux baleines cassées. Pauvres enfants ! Sauront-ils jamais s’ils ont des aptitudes sportives ? Il n’y a même pas une vraie cour de récréation pourtant le paysage ici est paradisiaque : des montagnes qui étendent à perte de vue leur couleur variant du vert le plus doux au bleu le plus profond comme la tenue de ces enfants aux mignons minois innocents. Du sommet de la colline où le collège est situé par un matin clair il s’étale devant vos yeux un lac de nuage floconneux blanc et argenté soutenu comme un immense trampoline par les crêtes d’autres collines plus basses. Cette légèreté vous donne envie d’admirer pendant des heures cette merveille de la providence et vous fait oublier cette laideur que l’homme par son avidité politique a voulu y ajouter. Mokolo.
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